Fernande, 70 ans, une histoire de vie …
25 nov
2008
Fernande est née en avril 1939 dans une famille d’agriculteurs de dix enfants du centre du Morbihan. Des problèmes de santé important, des crises d’épilepsie considérées à l’époque comme l’expression de la folie, conduisent Fernande au CHS de Lesvellec à Saint-Avé dès l’âge de douze ans pour « un internement » et un pseudo abandon à vie, la grande pauvreté de la famille ne permettant d’assumer la charge d’une enfant « différente ».
Lorsque Fernande raconte son histoire elle nous dit se souvenir être allée à l’école avec son frère, quelle habitait le village de « KER….. », que son papa était méchant et qu’ils avaient des vaches et des cochons.
Fernande restera 34 ans au CHS, jusqu’à ses 46 ans. Pendant toutes ces longues années la maladie s’est stabilisée, Fernande est devenue suffisamment autonome pour intégrer un Centre d’Aide par le Travail en 1977 à Vannes.
La création par l’association Adapei du Morbihan – les Papillons Blancs du foyer résidence La Sittelle en 1985 permet à Fernande d’être accueillie dans ce nouvel établissement au sein d’un pavillon de dix personnes dans le cadre d’un projet d’accompagnement à vocation « familiale ».
Photo Fernande avec son cadeau
Fernande y restera neuf ans, développant des compétences sur le plan de l’autonomie de la vie quotidienne et dans son travail au CAT. Son évolution lui permet de quitter le foyer en 1994 pour partager en collocation avec trois autres femmes un appartement situé dans le quartier de Cliscouët. La vie de Fernande devient à l’identique de celle de beaucoup d’entre nous, mais nécessite cependant un accompagnement quotidien par une équipe de travailleurs sociaux.
Les professionnels assurent un étayage important de la vie de Fernande sur le plan de l’aide à la vie quotidienne, de l’organisation des loisirs, de la gestion du budget, du suivi de la santé, de la vie affective et sociale, Fernande n’ayant plus de contact avec les membres de sa famille.
Mais, comme nous tous Fernande avance en âge, elle devient la doyenne du service, l’heure de la retraite arrive. Fernande se sent parfaitement en forme et ne souhaite pas quitter le CAT à ses soixante ans.
Un aménagement à temps partiel lui permet de préparer sa future vie de retraitée pendant quatre ans. A 64 ans en 2003 Fernande prend donc définitivement sa retraite.
Son niveau d’autonomie reste suffisant pour que Fernande soit maintenue, et c’est ce qu’elle souhaite, dans son lieu de vie habituelle. La vie se déroule tranquillement entre vie quotidienne, activités au centre social du quartier « avec les autres mamies », activités et sorties organisées par les éducateurs du service pour Fernande et ses collocataires.
Mais l’âge est là et Fernande va bientôt avoir 70 ans.
Photo FernandeLes besoins d’aide évoluent, la santé se fragilise, le rythme de vie ralentit, la mobilité et la motricité régressent et comme pour toute personne « âgée » se pose la question de la sécurité et de la prise en charge.
Pendant ces années de vie en collocation, Fernande est restée la seule du groupe initial. Pour des raisons d’évolution personnelle les autres collocataires ont progressivement quitté l’appartement et ont été remplacées. Mais Fernande ne souhaitait pas, malgré ses capacités vivre seule et quitter son habitation. Au fil du temps se sont ainsi retrouvées à vivre sous le même toit trois générations, ce qui ne facilite pas toujours la cohabitation.
Afin de préparer Fernande à une entrée dans une structure pour personnes âgées, un accueil temporaire d’un mois fut expérimenté. Fernande n’en fut pas enthousiasmée mais dit ne pas avoir été malheureuse, mais que « cela serait pour plus tard » !
Photo – Cliquez pour zoomer
Mais voilà, « le plus tard » est arrivé, une nouvelle place est proposée dans un foyer logement de Vannes. Après le refus d’une première proposition il y a un an, Fernande et les personnes juridiquement responsables d’elle, peuvent-elles refuser cette nouvelle proposition, « à saisir rapidement » ?
Fernande n’est pas encore vraiment prête, mais elle sent, elle sait bien que cette solution deviendra incontournable à terme. L’équipe d’accompagnement est mal à l’aise, tiraillée entre des sentiments paradoxaux, anticiper l’avenir et exercer une forme de violence à l’encontre de Fernande. Mais il faut prendre une décision.
Fernande est entrée au foyer logement jeudi 13 novembre 2008.
Mardi 18 novembre elle réunissait tous ses amis et les personnes qui ont compté et comptent encore pour elle pour une cérémonie de départ.
Fernande restera accompagnée par les mêmes « éducateurs » en collaboration avec l’équipe du foyer logement tant que cela s’avérera nécessaire pour ne pas rompre le lien et ne pas isoler Fernande de son environnement précédent.
Jack Robert, directeur adjoint du Foyer La Sittelle
